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le projet de loi sur l'orientation : le site officiel

   
 

communiqué de la fédération nationale

Loi d’orientation : un patchwork de mesures contradictoires, ambition zéro ! - 19 novembre 2004

Coincé entre ses a priori idéologiques et des contraintes budgétaires qu’il n’a cessé d’invoquer, le ministre de l’Education nationale a été dans l’impossibilité de définir une politique cohérente, ambitieuse, généreuse qui assure à chaque jeune le droit à la réussite.

Tout ça pour ça, après un an de débats, le rapport de la Commission Thélot, un site Internet, des consultations !

Il a superbement ignoré la place et le rôle des parents d’élèves au sein de la communauté éducative, dont il n’a pas dit un mot pendant deux heures.

Il conserve une vision éclatée de la scolarité obligatoire, en restant muet sur une politique des cycles qui devrait instituer la continuité éducative et pédagogique entre l’école et le collège.

Il persiste à soutenir une conception archaïque de l’autorité en concédant aux seuls enseignants les décisions d’orientation. De fait, il dépouille les parents de leur responsabilité fondamentale.

Quelques annonces suscitent l’intérêt : reconnaissance du socle commun, maintien de l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au niveau baccalauréat, objectif de 50 % de diplômés de l’enseignement supérieur, allégement des épreuves du bac et renforcement du contrôle en cours de formation. Mais elles ne suffisent pas à compenser la vacuité du projet ministériel en matière de lutte contre les inégalités scolaires.
Proposer jusqu’à 3 heures de soutien individualisé à l’école primaire n’est qu’un effet d’annonce lorsque le ministre tente de combiner cette mesure avec l’accent mis sur le redoublement, dont toutes les recherches s’accordent pour décrire l’inutilité et les conséquences néfastes.

L’augmentation du nombre d’apprentis (avec l’orientation en fin de 5ème) a-t-elle pour objectif de créer la nouvelle voie de délestage pour les élèves en difficulté, au même titre que l’utilisation dévoyée des classes-relais ?

En matière d’apprentissage des langues, le ministre, quoi qu’il en dise, renonce à toute ambition nouvelle pour l’école primaire, et marchande le dédoublement des cours de langues en terminale pour justifier la suppression des travaux personnels encadrés.

Au nom d’une prétendue liberté d’action dans le domaine des sanctions, il réintroduit les risques d’arbitraire, et donc de nouveaux foyers d’injustice et de violence.

En matière de formation, le cadrage national des IUFM est, sur le principe, une mesure positive, mais leur complète intégration à l’université ne garantit en rien une amélioration de la professionnalisation des personnels.

Enfin, inscrire la notion floue, ambiguë et dangereuse de «liberté pédagogique» dans la loi, ce n’est rien d’autre que renoncer à redéfinir la mission des enseignants, qui est la pierre angulaire pour lutter contre les inégalités scolaires, faire vivre la mixité sociale et faire que l’Ecole constitue son propre recours.
Passer à la trappe ce problème essentiel, c’est faire son deuil de toute évolution durable du système éducatif.

Le ministre déloge les élèves du centre du système éducatif pour y mettre les enseignants : mais en voulant ménager en leur sein la chèvre et le chou, en concédant un peu à chacun pour ne décevoir personne il risque de mécontenter tout le monde.

Le ministre peut tenter cette impasse peu glorieuse car, après tout, selon ses propres termes «c’est pas la réforme Fillon, c’est la réforme Chirac».

   

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les fédérations de parents d'élèves unies contre ce projet de loi

Eduquer, c'est oser, par Josette Daniel, Georges Dupon-Lahitte et Eric Raffin
LE MONDE | 24.11.04

Annoncée dans un scepticisme général, la consultation nationale voulue par le chef de l'Etat, et qui a accompagné les travaux de la commission Thélot, a rencontré un vif intérêt, en dépit des prédictions d'augures de mauvais aloi.

Qui s'en étonnerait, à l'heure où enseignants et parents, faisant tomber les vieilles murailles corporatistes et catégorielles, cherchent ensemble, de bonne foi, et dans la confiance, à redonner sens et vigueur à l'œuvre d'éducation ?

A cet égard, et en dépit d'approches nécessairement divergentes mais néanmoins complémentaires, tous, ou presque, trouvent dans les conclusions de ces travaux des raisons d'espérer et d'agir : socle commun des connaissances indispensables, éducation concertée, recherche de parcours personnels et différenciés en fonction des capacités de chaque élève, équipes éducatives, projets d'établissement sont autant d'aspirations partagées par tous les acteurs de la communauté éducative.

Or, voici qu'au moment précis où ces aspirations pourraient devenir réalités en réponse au vœu exprimé par les citoyens français, une tentation réductrice s'empare des rédacteurs de la loi à venir : bâtir une école sans parents.

Ainsi, ayant écouté l'annonce dès le 18 novembre des principales dispositions d'un texte au sujet duquel les consultations préparatoires ne sont pas encore achevées, ces derniers ont attendu en vain d'être cités, fût-ce une fois, par le ministre qui est en charge de l'éducation de leurs enfants.

Curieux et étonnant silence, qui suscite évidemment bien des questions, et autant d'interprétations ; les parents, qui sont a10/05/05us ; leur volonté, qui rejoint la volonté même du président de la République et celle du premier ministre, pourrait-elle être tenue pour non avenue au nom de la crainte de déplaire ?

Non, décidément non, il ne sera pas dit qu'une fois encore l'avenir du pays pourra être sacrifié, au nom d'une apparente paix sociale. Non, décidément non, la démocratie ne cédera pas devant la dictature intransigeante d'un immobilisme prétendument républicain.

Car c'est bien d'un enjeu national majeur qu'il s'agit : choisir une école sans parents, c'est choisir l'école du passé, c'est faire régresser la France en matière d'éducation, de culture et de cohésion sociale.

Associer les parents à la vie de l'école, c'est leur reconnaître leur rôle de premiers éducateurs et de membres à part entière de la communauté éducative ; c'est choisir l'école de l'avenir et contribuer à réduire la fracture sociale.

Après tout, le choix a été fait depuis longtemps : c'est une politique d'éducation nationale qu'il faut construire ; loin de favoriser le retour d'une vision étroite de l'"instruction publique", il faut donner à l'école un nouvel élan qui permette que l'éducation soit à nouveau l'affaire de toute la nation : enseignants, parents, personnels d'éducation, élus politiques et acteurs économiques, sans oublier enfants, adolescents et jeunes adultes, auxquels on demande bien peu leur avis ; un élan qui irrigue moins les structures que les esprits et qui permette ce dialogue tant attendu et qui fait encore si cruellement défaut.

Ce qui doit advenir, c'est une école qui place la personne de l'élève, et non une classe d'âge, au centre de ses préoccupations ; une école qui redise sa confiance à des enseignants soucieux de dispenser un savoir incarné dans le progrès humain, une école qui ne referme pas la porte de la crainte sur des parents plus désorientés que démissionnaires ; une école, enfin, qui, sans perdre sa spécificité, s'ouvre aux regards et aux richesses du monde extérieur.

Briser cet élan par la promulgation d'une loi par trop technique, quelles qu'en soient les qualités, c'est refuser de faire à nouveau aimer l'école, qui doit présenter un visage tout à la fois exigeant et séduisant ; c'est aussi refuser de donner leur chance à des milliers d'enfants issus de familles dont les repères sociaux sont émoussés et qui ont besoin d'une attention toute particulière que la seule restauration de l'autorité et du prestige du diplôme ne saurait remplacer.

Il convient de dire ici que s'il est question de demander aux enseignants de passer davantage de temps dans l'école, l'on pourrait évoquer tout aussi utilement la répartition du temps qu'ils y passent entre enseignement et accompagnement scolaire, de même que le fait d'exercer en équipe ces deux missions d'égale valeur ; et c'est un mauvais prétexte que celui qui consiste à dire qu'une telle perspective dresserait les enseignants contre la loi à venir, sans même permettre à ces derniers d'en discuter avec les parents d'élèves.

Une école lieu de vie, c'est une nation en réduction, qui vit, échange, discute, apprend la diversité et le respect, adultes et jeunes tenant leur juste place. Le préau préfigure la place publique et l'assemblée d'élus, dont l'accès n'est pas réservé à l'élite intellectuelle. Dans ces relations du quotidien, la cohésion sociale prend ses racines.

Voilà pourquoi la hâte ne peut être bonne conseillère ; refonder le socle d'une nation pour les vingt ans qui viennent demande mieux que cinq tables rondes sans parents et sans doute un peu plus de huit semaines. Cela demande surtout l'abandon des préjugés, le goût du débat démocratique, la volonté de rechercher un sens à l'action et la conviction que gouverner, comme éduquer, c'est oser.

Josette Daniel, Georges Dupon-Lahitte et Eric Raffin président respectivement la PEEP (Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public), la FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves) et l'Unapel (Union nationale des associations de parents d'élèves de l'enseignement libre).

   

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